La remontée des taux d’intérêt s’est confirmée hier avec la décision de la Banque du Canada de hausser son taux directeur de 25 points centésimaux, pour la deuxième fois dans le trimestre. Une troisième hausse est attendue avant la fin de l’année. Quel sera l’impact pour les PME ?

« Le temps est propice pour la PME d’aller parler à son directeur de compte pour déterminer avec lui comment optimiser la gestion des liquidités de l’entreprise dans le but d’amoindrir l’impact de la hausse de taux sur ses finances », dit Simon Ledoux, vice-président associé à la PME à la Banque Nationale.

Typiquement, une PME dispose d’une marge de crédit pour financer ses opérations courantes, un prêt à terme, à taux variable ou fixe, et elle a aussi de l’argent en dépôt, dont le taux d’intérêt peut fluctuer au gré des variations du taux d’escompte.

Un peu comme pour les particuliers, ce ne sont pas tous les prêts aux entreprises qui se trouvent impactés par la décision de la banque centrale. Le taux d’escompte de la Banque du Canada dicte le taux préférentiel des banques qui, lui-même, conditionne le taux offert sur les prêts à taux variable comme les marges de crédit et les taux de prêt à court terme.

Les prêts à long terme comme les prêts hypothécaires de 5 ou 10 ans sont dictés par les taux obligataires de même échéance.

Le conseil d’aller consulter son banquier vaut doublement pour les PME exportatrices, souligne M. Ledoux, car elles sont impactées à la fois par la hausse du loyer de l’argent et par la remontée du dollar canadien qui vient comprimer leur marge bénéficiaire quand les biens sont vendus en dollars américains.

« Il y a un travail à faire avec son conseiller pour voir s’il n’y a pas lieu, par exemple, de conclure à l’avance un contrat de change. »

— Simon Ledoux, de la Banque Nationale

La hausse du dollar canadien par rapport au billet vert est un effet collatéral de la hausse des taux par la Banque du Canada.

Des conditions de crédit encore favorables

Autrement, ce n’est pas la hausse d’un quart de point de base d’hier qui est importante pour l’entreprise, même si elle va avoir un effet immédiat sur le taux d’intérêt de sa marge de crédit ; c’est plutôt la tendance vers des coûts d’intérêt plus élevés qui importe.

« On continue d’avoir des taux extrêmement bas, fait remarquer Robert Bastien, vice-président Services aux entreprises chez Desjardins. Avec l’augmentation d’un quart de point de mercredi, les entreprises vont avoir accès à du financement conventionnel autour de 5 à 6 %. »

Le taux reste bas d’un point de vue historique, renchérit Simon Gaudreault, économiste de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante au Québec. « L’augmentation des taux traduit une certaine vigueur de l’économie, dit-il. Ce sont de bonnes nouvelles pour un commerçant et pour un entrepreneur. »

La PME a néanmoins une décision à prendre dans le cas d’un projet d’investissement à financer sur trois, quatre ou cinq ans, dit-il. Doit-elle le financer à taux variable ou à taux fixe ? Doit-elle allonger le terme de l’emprunt ? Dans les années passées, devant l’absence d’une menace imminente d’une hausse des taux, les PME se finançaient beaucoup avec un taux variable à court terme, pour profiter de l’escompte, indique M. Bastien, de Desjardins.

Le cas Cascades

Une grande entreprise avec un fort niveau d’endettement comme Cascades s’est prémunie contre une hausse des taux d’intérêt de court terme en renouvelant il y a quelques années une part importante de son passif à taux fixe. De plus, la société n’a pas de gros montant arrivant à échéance avant 2021, précise Hugo D’Amours, vice-président Communications et Affaires publiques.

Le titre du fabricant de carton et de papiers sanitaires a perdu près de 1 % hier en Bourse, à l’instar du marché canadien en général, en raison de la remontée du dollar canadien face au dollar américain.

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