Rester fidèle à son institution financière ou aller cogner à d’autres portes en espérant obtenir de meilleurs taux d’intérêt hypothécaires ? Tous les printemps, une majorité d’emprunteurs résidentiels se posent cette question au moment du renouvellement de leur hypothèque.

Mais ils sont nombreux à accepter les conditions de leur institution financière sans prendre le temps de magasiner et de négocier.

Font-ils une mauvaise lecture de la situation ?

« Ce n’est pas une opération de tout repos d’aller cogner à la porte des institutions financières en vue d’y transférer son hypothèque », prévient, d’entrée de jeu, Denis Doucet, directeur de la formation chez Multi-Prêts Hypothèques.

De son côté, le président d’Hypotheca, Hugo Leroux, constate qu’ils sont « peu nombreux », à sa connaissance, à faire cette démarche parce qu’ils ne seraient « pas convaincus [à tort ou à raison] que cela leur permettra d’améliorer leur situation financière ».

Un point de vue partagé par Denis Doucet, qui conseille à ses clients de ne pas signer les yeux fermés la formule de renouvellement de leur institution financière. « Il faut prendre le temps de bien négocier si on veut espérer faire des gains sur les taux d’intérêt proposés par son institution ou par celle où on envisage de transférer son hypothèque », suggère-t-il fortement.

Le resserrement

Il faut comprendre que les conditions imposées aux emprunteurs hypothécaires sont désormais plus sévères, observent les spécialistes du marché interrogés par La Presse.

À l’automne 2016, rappelons-le, Ottawa a resserré les normes touchant les emprunts. Ces nouvelles mesures visent principalement les premiers acheteurs, mais elles sont susceptibles de toucher également les propriétaires qui détiennent une hypothèque et qui envisagent de sauter la clôture.

Concrètement, les institutions prêteuses sont tenues de mesurer avec encore plus de rigueur la capacité de remboursement de leurs clients.

« Nous y allons toujours avec du cas par cas, expose à ce sujet Luc Monarque, conseiller principal, offres en financement, chez Desjardins. On va regarder le dossier global de notre client avant de prendre une décision sur sa capacité d’emprunt et son ratio d’endettement. Ce n’est pas un “one size fits all”. »

« Nous avons des grilles d’évaluation sur l’endettement et sur les actifs du client. Par exemple, un client peut présenter un dossier avec un ratio en apparence élevé, mais s’il a bien investi en REER, s’il a de bonnes habitudes d’épargne, s’il travaille au centre-ville et qu’il se déplace en transports en commun plutôt qu’en automobile, ça peut jouer en sa faveur. »

— Luc Monarque, de Desjardins

Un long processus

Il faut savoir qu’un transfert de prêt hypothécaire, c’est l’équivalent d’un nouveau prêt. « Il faut faire une analyse complète du dossier du client, soumet le conseiller Luc Monarque. On évalue la valeur de la propriété, on doit vérifier si le client se qualifie à l’emprunt, on regarde sa capacité de remboursement, et il y a les frais de notaire qu’il doit payer. »

Est-ce que cela peut freiner les ardeurs des clients qui souhaitent transférer leur prêt dans une autre institution financière ? « On insiste dans notre démarche sur la relation d’affaires avec nos clients, expose-t-il. C’est libre à chacun d’aller voir ailleurs et d’essayer de trouver un taux d’intérêt inférieur à ce qu’on lui propose. »

« Il y a un risque de se ramasser avec un prêteur virtuel qu’il ne connaît pas, ajoute-t-il. Il y a toute la notion de relation client-prêteur qu’il faut considérer. C’est une question d’équilibre. »

Source:  Yvon Laprade La Presse : http://plus.lapresse.ca/screens/d3fe5d03-2d75-4c1d-8f47-f5ec9aece76e%7C3EIXHl6uVYIS.html

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